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2026-09-12 · Fidele Maniraruta

Clause « pas d'animaux » dans un bail au Québec : elle est valide, et elle ne vous donne presque jamais la résiliation

Le locataire du 2 a un chat. La clause du bail dit « aucun animal ». Vous l'avez vu par la fenêtre, il n'a jamais rien déclaré, et ça fait quatorze mois qu'il est là.

Deux choses sont vraies en même temps, et c'est ce qui rend ce dossier piégeux. Votre clause est parfaitement valide. Et votre demande de résiliation, déposée telle quelle, va très probablement être rejetée.

Le Tribunal administratif du logement a déjà tranché un dossier exactement comme celui-là : la présence d'un chat en violation du bail ne suffisait pas à justifier la résiliation, parce que le locateur n'avait pas démontré de préjudice sérieux. Pire pour le locateur, les moyens de pression qu'il avait employés pour forcer le départ ont été condamnés comme du harcèlement.

Autrement dit : il avait raison sur la clause et il a perdu sur tout le reste.

Cet article explique ce que la clause vous donne vraiment, ce qu'elle ne vous donne pas, où se trouve la ligne du préjudice sérieux, et les trois messages de ce dossier qu'aucune réponse automatique ne doit toucher.

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1. Oui, la clause est valide

Commençons par la bonne nouvelle, parce qu'elle est souvent mal comprise des deux côtés de la porte.

Le Code civil du Québec ne donne pas au locataire un droit général de garder un animal. Il n'y a pas d'article qui dit « le locataire peut avoir un animal malgré le bail ». Une clause claire d'interdiction est donc valide et lie le locataire qui l'a signée.

Non plus n'y a-t-il eu, entre 2024 et 2026, de modification générale du Code civil qui aurait supprimé le droit de prévoir une telle clause ou créé un droit général de garder un animal. Le cadre reste le bail, les articles 1854, 1860, 1861, 1863 et 1968 du Code civil, la Charte des droits et libertés de la personne, et la jurisprudence du Tribunal cas par cas.

Pour être opposable, la clause doit être :

Ce dernier point fait tomber plus de dossiers qu'on pense. Le locateur qui a toléré le chien du 3 pendant quatre ans et qui décide de résilier le bail du 2 pour un chat de même taille se fait poser une question très désagréable à l'audience.

En copropriété divise, la déclaration de copropriété ou le règlement de l'immeuble peut ajouter des restrictions, et elles s'imposent au locataire par l'intermédiaire du bail. Le Tribunal a traité des dossiers où une déclaration de copropriété interdisait les animaux et où les jappements, les odeurs ou les excréments causaient un préjudice sérieux. Mais une règle de copropriété ne permet pas davantage l'application discriminatoire ni le harcèlement.

1b. La décision de mars 2026, et ce qu'elle change vraiment

C'est la question que vos propriétaires vont vous poser cette année, alors autant avoir la réponse exacte.

Le 12 mars 2026, dans Desjardins c. Amilis inc. (2026 QCTAL 8220), le Tribunal a annulé la clause d'interdiction d'animaux d'un bail et du règlement d'immeuble, au motif qu'elle était contraire aux articles 1 et 5 de la Charte des droits et libertés de la personne, soit le droit à la liberté et le droit à la vie privée, et qu'elle était déraisonnable et abusive au sens de l'article 1901 du Code civil. La demande de résiliation du locateur a été rejetée. La preuve retenue : les animaux ne dérangeaient personne et ne causaient aucun dommage.

C'est une rupture réelle. Jusque-là, une clause ne tombait qu'au cas par cas, et presque toujours par la porte du handicap ou de la preuve thérapeutique. Ici le raisonnement passe par la liberté et la vie privée, qui ne demandent aucune condition médicale.

Maintenant, ce que la décision ne fait pas, et il faut être aussi clair là-dessus :

La lecture opérationnelle, pour un parc de 5 à 60 portes, tient en une phrase : ce n'est pas la clause qui est devenue risquée, c'est l'interdiction totale appliquée mécaniquement. Le dossier qui s'est fait annuler était celui d'un animal qui ne dérangeait personne et d'un locateur qui demandait la résiliation quand même. C'est exactement le dossier que vous ne voulez pas ouvrir, et c'était déjà vrai avant mars 2026, parce que le seuil du préjudice sérieux n'y était pas non plus.

Trois choses à faire cette année, aucune ne demande d'avocat :

  1. Arrêtez de demander la résiliation pour la seule présence d'un animal. Demandez d'abord que le locataire s'en départisse. Le Tribunal accorde régulièrement cette mesure avec un délai, et c'est un dossier beaucoup plus solide.
  2. Passez vos clauses d'interdiction totale à une clause conditionnelle au prochain renouvellement : autorisation écrite préalable, espèce et nombre encadrés, responsabilité des dommages, retrait si trouble démontré. Une clause qui encadre se défend mieux qu'une clause qui interdit tout, parce qu'elle est proportionnée à ce que vous protégez vraiment.
  3. Documentez le trouble, pas l'animal. Le Tribunal a rejeté la demande parce qu'il n'y avait ni dérangement ni dommage au dossier. Ce sont les jappements datés, les plaintes des voisins et les photos de dégâts qui gagnent, pas la photo du chien.

2. Ce que la clause ne vous donne pas

Voici le cœur du malentendu. Une clause violée n'est pas une résiliation automatique. C'est un manquement, et un manquement ouvre des recours qu'il faut encore exercer et prouver.

Vous pouvez :

Vous ne pouvez pas :

Ce dernier point n'est pas un conseil de politesse, c'est le risque financier réel du dossier. Le locateur du dossier cité plus haut a vu ses moyens de pression qualifiés de harcèlement, et le harcèlement se paie en dommages, parfois en dommages punitifs, dans le même jugement qui rejette sa demande. Un dossier d'animal mal mené se transforme en dossier contre le locateur avec une régularité déprimante.

3. Où est la ligne : le préjudice sérieux

Ce que le Tribunal examine pour décider entre « ordonnance de retirer l'animal » et « résiliation du bail » :

La distinction pratique, en une phrase : un animal qui ne fait rien est une violation de contrat; un animal qui abîme, qui pue ou qui empêche les voisins de dormir est un préjudice.

Un chat silencieux, propre, dans un logement sans plainte et sans dommage, c'est un dossier d'ordonnance, pas de résiliation, et encore, le Tribunal peut trouver que la sanction demandée est disproportionnée à la faute.

Un chien laissé seul dix heures par jour qui jappe et réveille trois logements, ça devient un dossier de troubles de jouissance sous l'article 1860, et c'est là que le dossier prend de la force, parce qu'il y a des voisins pour témoigner. Le conseil stratégique est direct : quand un animal cause réellement un problème, plaidez le problème, pas la clause. Le préjudice se prouve avec des témoins et des photos. La clause, elle, ne prouve qu'une signature.

4. La tolérance, et ce qu'elle fait à votre dossier

Quatorze mois. C'est la donnée la plus dangereuse du scénario d'ouverture.

La tolérance prolongée ne modifie pas automatiquement le contrat, la clause ne disparaît pas parce que vous n'avez rien dit. Mais elle devient un élément de preuve pertinent, sur trois plans : ce que vous saviez, comment vous vous êtes comporté, et comment le bail doit être interprété entre vous deux.

Concrètement, à l'audience, la question sera : si l'animal causait un préjudice sérieux, pourquoi avoir attendu quatorze mois? Et la réponse honnête, « je viens de m'en rendre compte », doit alors se prouver, ce qui est difficile quand le chat se voit de la rue.

La règle de conduite qui en découle est simple et c'est la seule qui protège vraiment : agissez sans délai déraisonnable à partir du moment où vous apprenez la présence de l'animal. Pas dans l'heure. Mais dans les semaines, pas dans les années. Un courriel daté qui dit « j'ai constaté la présence d'un chat le [date], la clause 7 du bail l'interdit, je vous demande de me contacter » vaut plus que six mois de silence suivis d'une mise en demeure furieuse.

Et si vous décidez de tolérer, décidez-le par écrit et par exception :

Bonjour [prénom],

J'ai constaté la présence d'un chat dans le logement. La clause [x] du bail interdit les animaux, et cette clause demeure en vigueur.

Je suis prêt à tolérer cet animal-ci, à titre exceptionnel et révocable, aux conditions suivantes : aucun dommage au logement, aucune odeur, aucune plainte des autres occupants, et l'animal ne doit pas être remplacé s'il venait à partir. Toute réclamation de dommages à la fin du bail demeure entière.

Cette tolérance ne modifie pas le bail et ne s'applique pas à un autre animal.

[nom], [date]

Ce message coûte trois minutes et retire au locataire, le jour où ça tourne mal, l'argument le plus efficace qu'il aurait eu contre vous.

5. Chien-guide, animal d'assistance, animal de soutien : trois régimes

Ici, la clause ne s'applique plus mécaniquement, et c'est le seul endroit du dossier où une erreur vous expose à une plainte en discrimination plutôt qu'à un simple rejet.

L'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne interdit la discrimination fondée notamment sur le handicap ou sur le moyen utilisé pour pallier un handicap. Un chien-guide est exactement ça : un moyen de pallier un handicap. Lui opposer la clause « aucun animal », c'est traiter différemment une personne en raison de son handicap.

Trois catégories, trois niveaux de protection :

L'animal de compagnie. Soumis normalement à la clause du bail. Aucune protection particulière.

Le chien-guide ou l'animal d'assistance reconnu. Protection forte. L'obligation d'accommodement s'applique et se refuse difficilement.

L'animal de soutien ou de réconfort. Protection possible, mais beaucoup plus dépendante de la preuve. Le mot « zoothérapie » dans un message, ou une lettre disant que l'animal « fait du bien », ne règle pas la question. Le Tribunal a déjà examiné si la preuve médicale démontrait suffisamment que priver une locataire de ses chiens nuirait grandement à son état psychologique, le test est celui-là, pas celui du vocabulaire employé.

Quand une demande d'accommodement arrive, le locataire doit normalement fournir assez d'information crédible pour établir trois choses : l'existence d'un handicap ou d'un besoin lié à celui-ci, le lien fonctionnel entre ce besoin et l'animal, et la nécessité de l'animal dans le logement.

Vous pouvez demander une information raisonnable. Vous ne devriez pas exiger automatiquement un diagnostic détaillé ni des renseignements médicaux qui ne sont pas nécessaires à votre décision, demander le dossier médical complet de quelqu'un pour trancher une question de chien est en soi une mauvaise idée.

L'accommodement n'est pas illimité. Il se refuse en cas de contrainte excessive : risque sérieux pour la sécurité, dommages importants, atteinte substantielle aux droits d'autrui, une allergie grave et documentée d'un autre occupant, par exemple. Mais la contrainte excessive se démontre; elle ne se décrète pas.

La réponse prudente à une demande d'accommodement ressemble à ceci :

Bonjour [prénom],

Merci de m'avoir informé. Je prends votre demande au sérieux et je ne vous demanderai pas de retirer l'animal pendant que je l'examine.

Pour que je puisse traiter la demande correctement, j'aurais besoin d'une attestation d'un professionnel de la santé confirmant que vous avez un besoin lié à un handicap et que la présence de cet animal répond à ce besoin. Je n'ai pas besoin de votre diagnostic ni de votre dossier médical, seulement du lien entre le besoin et l'animal.

Je vous reviens dans les [x] jours suivant la réception.

[nom], [date]

Notez la première phrase du deuxième paragraphe. Suspendre la demande de retrait pendant l'analyse ne vous coûte rien et vous retire l'apparence d'avoir opposé la clause à un handicap.

6. La séquence, du constat à la demande

Jour 0, le constat. Écrivez-le, datez-le, photographiez si c'est visible depuis un espace commun ou lors d'une visite régulière. Ne forcez pas l'accès pour aller vérifier : l'accès obéit à ses propres règles et à l'avis de 24 heures, et une entrée irrégulière contamine tout le dossier.

Jour 0 à 7, le contact. Un message factuel qui nomme la clause et demande une explication. C'est aussi à ce moment que le locataire, s'il a un motif d'accommodement, va le dire. Beaucoup de dossiers se règlent ici.

Semaine 2 à 4, la décision. Trois sorties : accommodement (section 5), tolérance écrite et encadrée (section 4), ou mise en demeure. Choisissez-en une et documentez-la. La quatrième sortie, ne rien décider, est celle qui coûte cher dans un an.

La mise en demeure. Faits, date du constat, clause violée, correction exigée, délai raisonnable. Il n'existe pas de délai légal unique pour ce type de manquement; le délai doit être adapté. Pour retirer un animal d'un logement, prévoyez quelque chose entre quinze et trente jours, un délai de 48 heures a l'air d'une mesure de pression et sera lu comme telle.

La demande au Tribunal. Demandez l'ordonnance de respecter le bail et, subsidiairement, la résiliation. Si vous n'avez que la clause et aucun dommage, attendez-vous à l'ordonnance. Si vous avez des jappements, des odeurs, des plaintes de voisins et une facture de nettoyage, vous avez un vrai dossier de résiliation.

7. Les dommages causés par l'animal se réclament à part

C'est le volet qu'on oublie parce qu'il arrive plus tard, et c'est souvent le seul qui rapporte de l'argent.

Le locataire répond des dommages causés par l'animal qu'il garde, et cette réclamation vit indépendamment de la clause : même dans un immeuble où les animaux sont permis, un plancher grugé ou une odeur d'urine qui exige une désinfection professionnelle sont des dommages imputables au locataire, pas de l'usure normale.

Deux réflexes qui font la différence dans dix-huit mois :

Tout ça relève du régime général de l'état du logement à la fin du bail, traité en détail dans usure normale ou dommage : qui paie quoi à la fin du bail. Et comme le dépôt de garantie est interdit au Québec, vous n'avez rien en main au moment du départ : la réclamation se fait après, avec des pièces, ou elle ne se fait pas.

8. Les messages de ce dossier que l'inbox ne doit pas toucher

Le dossier « animaux » génère peu de volume mais beaucoup de messages sensibles. La logistique ordinaire, « est-ce que les animaux sont permis dans l'immeuble », « est-ce que je peux garder le chien de ma sœur deux semaines », « le chat de ma voisine sort dans le corridor », mérite une réponse dans la minute, en français, à partir de votre politique réelle.

Trois messages, par contre, ne doivent recevoir aucune réponse automatique.

Le premier : toute mention d'un handicap, d'un chien-guide, d'un animal d'assistance, de zoothérapie ou d'un besoin médical. Ce message fait basculer le dossier de la clause vers la Charte. Un accusé de réception automatique qui rappelle poliment la clause du bail est exactement la phrase qu'on lira à voix haute dans une plainte en discrimination. Ce message remonte à vous, avec sa date, et rien ne part avant que vous l'ayez lu.

Le deuxième : un aveu ou une déclaration sur la présence d'un animal. « Oui j'ai un chat depuis l'an passé, je pensais que c'était correct. » Ce message fixe une date de connaissance des deux côtés et devient une pièce du dossier. La réponse détermine si vous êtes en train de tolérer, d'encadrer ou de mettre en demeure, ce n'est pas une décision qu'on délègue à un gabarit.

Le troisième : une plainte d'un autre occupant impliquant une allergie, une morsure, un enfant ou la sécurité. Ça sort du dossier animal et ça entre dans un dossier de sécurité, avec ses propres urgences. Aucune automatisation ne s'en approche.

C'est la seule intelligence que nous mettons dans ce dossier chez QuoteChaser. Les messages du courant se répondent tout de suite, en français, à partir de vos consignes. Les trois messages ci-dessus, un motif médical ou un animal d'assistance, un aveu de présence d'animal, et une plainte touchant l'allergie ou la sécurité, ne reçoivent aucune réponse automatique : ils remontent en haut de votre liste avec la date de réception. Pour voir comment ça se présente sur un parc de 5 à 60 portes : quotechaser.app/fr. Si vous gérez quatre logements et que vous répondez déjà à tout dans l'heure, gardez votre argent et servez-vous plutôt du modèle de tolérance écrite de la section 4.

9. Les sept choses à retenir

  1. La clause « aucun animal » est valide au Québec. Rien entre 2024 et 2026 ne l'a invalidée. Mais elle doit être claire, connue, et appliquée sans discrimination.
  2. Une clause violée n'est pas une résiliation. C'est un manquement, et la résiliation exige un préjudice sérieux au sens des articles 1863 et 1968.
  3. La présence seule d'un animal calme ne suffit presque jamais. Plaidez le problème, pas la clause : jappements, odeurs, dommages, plaintes de voisins.
  4. Les moyens de pression pour forcer un départ sont du harcèlement et se paient en dommages, dans le même jugement qui rejette votre demande.
  5. La tolérance prolongée devient une preuve contre vous. Agissez dans les semaines du constat, et si vous tolérez, tolérez par écrit, à titre exceptionnel et révocable.
  6. Chien-guide et animal d'assistance : l'article 10 de la Charte s'applique, l'accommodement est dû sauf contrainte excessive démontrée. Demandez le lien fonctionnel, pas le dossier médical.
  7. Les dommages causés par l'animal se réclament séparément, après le départ, avec un état des lieux d'entrée et une dépréciation honnête. Sans photos d'entrée, il n'y a pas de réclamation.

Le reste de la série : le locataire bruyant et les troubles de voisinage, usure normale ou dommage à la fin du bail, l'accès au logement et l'avis de 24 heures, le dépôt de garantie et ce qui le remplace, la sélection d'un locataire, le renouvellement de bail et les avis et la cession de bail et le refus en 15 jours.

Sources primaires relues le 12 septembre 2026 : les articles 1854, 1860, 1861, 1863 et 1968 du Code civil du Québec, lus sur LégisQuébec; l'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne; les résumés de décisions du Tribunal administratif du logement en matière de troubles de voisinage et de logement à loyer modique. Ce n'est pas un avis juridique. Les demandes d'accommodement s'analysent au cas par cas; pour une situation précise, consultez un professionnel du droit.

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