2026-09-02 · Fidele Maniraruta
Renouvellement de bail au Québec : les quatre horloges de la saison des avis, et celle que les gestionnaires oublient
Réponse courte : au Québec, un bail résidentiel se reconduit tout seul. Vous n'avez rien à envoyer pour qu'un locataire reste. Vous devez envoyer quelque chose seulement si vous voulez changer une condition, le loyer en premier, et ce quelque chose doit partir dans une fenêtre précise : entre trois et six mois avant la fin d'un bail de 12 mois ou plus. À partir de là, trois autres horloges d'un mois se déclenchent, une chez le locataire, une chez vous, et une dernière que presque personne ne compte : le temps entre le moment où un locataire vous annonce son départ et le moment où le logement est de nouveau affiché.
Le règlement, tout le monde le résume. Ce qui manque dans à peu près tous les textes sur le sujet, c'est ce que ça donne quand vous gérez 40 portes au lieu d'un duplex. À 40 portes, la saison des avis n'est pas une lettre. C'est un pipeline avec des dates d'expiration, et chaque date manquée a un prix qu'on peut calculer.
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Ce que dit la loi, en une page
Les règles sont aux articles 1941 à 1947 du Code civil du Québec, et le Tribunal administratif du logement les résume sur sa page sur la modification d'une condition du bail. Voici l'essentiel, sans paraphrase inutile.
La reconduction est automatique. Un bail à durée fixe se renouvelle de plein droit, pour la même durée si elle est de 12 mois ou moins, pour 12 mois si le bail initial était plus long. Une lettre qui demande au locataire « s'il compte rester une autre année » n'est pas un avis au sens de la loi, et le locataire n'a aucune obligation d'y répondre. Le TAL le dit textuellement.
Les délais d'avis de modification dépendent de la durée du bail.
| Durée du bail | Fenêtre pour transmettre l'avis |
|---|---|
| 12 mois ou plus | Entre 3 et 6 mois avant la fin du bail |
| Moins de 12 mois | Entre 1 et 2 mois avant la fin du bail |
| Durée indéterminée | Entre 1 et 2 mois avant la modification proposée |
| Chambre | Entre 10 et 20 jours avant la fin du bail |
Pour le parc typique, des baux de 12 mois qui finissent le 30 juin, la fenêtre va donc du 31 décembre au 31 mars. Un avis mis à la poste le 5 avril est hors délai. Un avis mis à la poste le 20 décembre l'est aussi, et celui-là surprend du monde chaque année.
L'avis doit être écrit, daté, signé, indiquer clairement la modification, mentionner que le locataire a un mois à partir de la réception pour refuser, et contenir le texte obligatoire de l'annexe I du Règlement sur le contenu obligatoire de l'avis de modification. Le loyer peut être exprimé en dollars, en écart en dollars, ou en pourcentage. Si plusieurs locataires ont signé le bail, le TAL recommande un avis par signataire.
Le locataire a un mois à partir de la réception pour faire une des trois choses : accepter, refuser la modification en restant, ou annoncer qu'il quitte à la fin du bail. S'il ne fait rien, le bail est reconduit avec toutes les modifications, hausse incluse. C'est la seule horloge qui joue en votre faveur par défaut.
Si le locataire refuse et reste, vous avez un mois à partir de la réception du refus pour déposer une demande de fixation au Tribunal. Si vous ne déposez pas, le bail se renouvelle au même loyer et aux mêmes conditions. Pas de rattrapage l'année suivante, la hausse est simplement perdue.
Si aucun avis ne part de votre côté et que le locataire veut partir, c'est lui qui doit vous aviser, dans les mêmes fenêtres que celles du tableau. Un locataire de bail 12 mois qui ne dit rien avant le 31 mars est reconduit pour un an.
Tout ça, c'est la mécanique. Maintenant l'opération.
Les quatre horloges, vues d'un bureau de gestion
Prenez un parc de 40 logements, tous des baux du 1er juillet au 30 juin. Voici ce qui se passe réellement entre décembre et juillet si vous faites les choses dans l'ordre.
Horloge 1, la vôtre : 31 décembre au 31 mars. Quarante avis à préparer, chacun avec son calcul propre, puisque le calcul du TAL est spécifique au logement et pas au parc. On a expliqué dans le texte sur les critères de fixation 2026 pourquoi un pourcentage uniforme laisse de l'argent sur la table cette année. La date qui compte n'est pas celle de l'envoi, c'est celle de la réception, et c'est vous qui devez pouvoir la prouver. Courrier recommandé, remise en mains propres avec accusé, ou tout moyen qui donne une preuve de réception valable. Quarante envois, quarante preuves, quarante dates à inscrire dans un tableau. Sans ce tableau, les trois horloges suivantes n'ont pas de point de départ.
Horloge 2, celle du locataire : un mois par logement, à partir de sa date de réception. Si vos avis sont arrivés entre le 10 et le 25 janvier, vous avez 40 dates d'échéance différentes étalées sur deux semaines de février. Sur un parc de cette taille, on voit en général trois groupes : une majorité qui ne répond pas (donc accepte), une minorité qui refuse et reste, et quelques départs annoncés. Les proportions varient avec le marché, mais le point est le même : à la fin de février vous savez, logement par logement, dans quelle catégorie chaque porte est tombée. Si vous ne le savez pas, c'est que vous n'avez pas le tableau de l'horloge 1.
Horloge 3, la vôtre encore : un mois après chaque refus. Chaque refus reçu ouvre sa propre fenêtre de 30 jours pour déposer au Tribunal. Cinq refus reçus entre le 12 et le 24 février donnent cinq dates limites entre le 12 et le 24 mars. Ce n'est pas une décision à prendre une fois pour le parc, c'est cinq décisions individuelles avec cinq dates différentes, et chacune qui passe sans dépôt vaut un renouvellement au même loyer pour un an. Le TAL rappelle aussi qu'à cette étape vous n'êtes plus lié par le montant de votre avis. Le Tribunal applique les critères du Règlement, et le chiffre peut sortir plus haut que celui que vous aviez écrit. Un « chiffre prudent » dans l'avis n'est donc pas un plafond que vous vous imposez, c'est juste un chiffre de départ.
Deux détails de procédure valent la peine d'être notés parce qu'ils ont un effet direct sur le coût. Un, les frais de la demande sont à votre charge, mais le Tribunal peut ordonner au locataire de les rembourser, notamment quand il accorde une hausse au moins égale à celle demandée et que vous aviez donné au locataire accès aux données pertinentes avant de déposer. Autrement dit, joindre un résumé des données à l'avis n'est pas une politesse, c'est une condition financière. Deux, dès le dépôt vous recevez le formulaire RN, à compléter, déposer et notifier au locataire dans les 90 jours avec preuve de notification, sinon le dossier est fermé. Cinq dossiers, c'est cinq RN et cinq preuves de notification à suivre jusqu'en juin.
Horloge 4, celle que personne n'écrit : entre l'annonce d'un départ et la première visite. C'est ici que la saison des avis rejoint le sujet qui nous occupe. Quand un locataire vous écrit en février « je ne renouvelle pas », vous avez une information que la plupart des gestionnaires classent et oublient jusqu'en mai : ce logement sera vide le 1er juillet. Le marché locatif québécois est saisonnier, le gros des chercheurs se met en mouvement entre mars et mai, et un logement affiché en mars a devant lui trois mois de demande. Le même logement affiché le 15 juin en a deux semaines.
On a fait le calcul dans le texte sur le coût d'un logement vacant, mais la version courte tient en une ligne. Sur un logement à 900 $, la hausse de base 2026 rapporte autour de 335 $ par année. Un seul mois vide coûte 900 $. Un logement qui reste vide en juillet parce qu'il a été affiché trop tard efface à lui seul près de trois ans de hausse de base. Les trois premières horloges, bien tenues, vont vous chercher quelques dizaines de dollars par porte par mois. La quatrième, mal tenue, vous en enlève des centaines d'un coup.
Le calendrier qui tient tout ça ensemble
Voici ce que ça donne en pratique pour un parc de baux au 30 juin. Les dates sont indicatives, la logique ne l'est pas.
Novembre. Sortir la liste des baux, la durée de chacun, les signataires, et pour chaque logement les factures de travaux de l'année classées par unité bénéficiaire. Décider logement par logement du montant de l'avis avec l'outil de calcul du TAL, pas avec un pourcentage collé sur tout le parc.
Décembre et janvier. Envoyer les avis, un par signataire, par un moyen qui laisse une preuve de réception. Inscrire la date de réception de chaque avis dans le tableau. C'est ce tableau, et pas votre boîte d'envoi, qui vous dira quand chaque horloge suivante se termine.
Février et début mars. Pour chaque logement, noter la réponse à la date de réception plus un mois : silence, refus, départ. Pour chaque refus, ouvrir une ligne avec la date limite de dépôt. Pour chaque départ, ne rien classer : passer directement au point suivant.
Le jour même où un départ est annoncé. Confirmer par écrit la date de départ, planifier la visite de l'état des lieux, préparer l'annonce. Afficher le logement dès que l'ancien locataire l'accepte, ce qui est presque toujours le cas si on le lui demande poliment. Un logement affiché en mars pour le 1er juillet, ce n'est pas une anomalie, c'est ce que font les gestionnaires qui n'ont pas de logements vides en juillet.
Mars. Déposer les demandes de fixation pour les refus que vous jugez défendables, chacune dans son mois. Recevoir les RN, les inscrire au calendrier avec leur échéance de 90 jours.
Avril à juin. Répondre aux demandes de visite sur les logements affichés, filtrer, signer. Préparer la section G des nouveaux baux : le loyer le plus bas payé dans les 12 mois précédents, ou, si le logement n'a pas été loué, le dernier loyer payé et sa date. On a traité de ce qu'on peut légalement demander à un candidat dans le texte sur le filtrage d'un locataire.
Juillet. Encaisser les hausses acceptées, attendre les décisions du Tribunal sur les refus, et payer les arrérages selon le mécanisme du TAL quand elles tombent : le nouveau loyer et le rattrapage sont dus un mois après la décision.
Si vous lisez ce calendrier et que ça vous semble lourd, c'est que ça l'est, et c'est normal. La loi a été écrite pour un locateur avec un immeuble. Elle n'a pas changé de nature parce que vous en gérez douze.
Trois erreurs qui reviennent chaque année
Envoyer trop tôt par prudence. Un avis reçu le 28 décembre pour un bail au 30 juin est hors fenêtre. La borne de six mois est une vraie borne. Le locataire de bonne foi ne s'en rendra pas compte, le locataire conseillé s'en rendra compte à l'audience.
Compter les délais à partir de l'envoi. Toutes les horloges partent de la réception. Un avis recommandé posté le 25 mars et réclamé au bureau de poste le 3 avril pose un problème qu'aucun tableau ne règle après coup. D'où l'intérêt de partir en janvier plutôt qu'en mars, pas pour être en avance, mais pour avoir de la marge si une preuve de réception traîne.
Traiter la lettre de départ comme un dossier fermé. C'est l'inverse. Une lettre de départ en février est le meilleur signal commercial de toute votre année : vous connaissez la date de disponibilité quatre mois d'avance, dans le marché le plus favorable. La ranger jusqu'en mai, c'est choisir la vacance.
La section G, puisque vous allez signer de nouveaux baux
Chaque départ mène à un nouveau bail, et chaque nouveau bail comporte une obligation qui a des dents. À la signature, vous devez remettre au nouveau locataire un avis indiquant le loyer le plus bas payé au cours des 12 mois précédents, ou le loyer fixé par le Tribunal pendant cette période. C'est la section G du formulaire de bail. Si aucun loyer n'a été payé dans les 12 mois, l'avis indique le dernier loyer payé et sa date.
Le nouveau locataire qui paie plus que le montant indiqué peut demander au Tribunal de fixer le loyer dans les 10 jours suivant la signature. Si vous n'avez pas remis l'avis, le délai devient deux mois à partir du début du bail. Si l'avis contenait une fausse déclaration, deux mois à partir du moment où il l'apprend, et le Tribunal peut ajouter des dommages punitifs. Les exceptions existent, immeuble de cinq ans ou moins, coopérative, logement à loyer modique, et elles doivent être inscrites à la section F du bail pour être opposables.
Le point pratique : le loyer que vous inscrivez à la section G en juillet est celui que vous aviez dans votre tableau en janvier. Si le tableau n'existe pas, ce chiffre sort de mémoire, et une erreur de mémoire sur 40 portes finit par en toucher au moins une.
Les outils, honnêtement
Rien de ce qui précède ne se fait avec un logiciel de plus. Le calcul, c'est l'outil du TAL. Les avis, ce sont les modèles du TAL. Le tableau, c'est un tableur avec une ligne par logement et six colonnes de dates. Si vous n'avez pas ça, commencez par ça.
Là où un outil change quelque chose, c'est à la quatrième horloge. Quand un logement est affiché en mars, les demandes de visite arrivent par courriel, par texto, par Kijiji, par Marketplace, souvent le soir et la fin de semaine, et le candidat qui n'a pas de réponse dans l'heure en a déjà écrit à trois autres. Un gestionnaire de 40 portes qui affiche six logements en mars reçoit facilement une centaine de demandes en trois semaines. Répondre à toutes en moins d'une heure à la main n'arrive pas, et c'est là que la vacance de juillet commence, en mars, dans une boîte de réception.
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Et si vos logements affichés en mars sont loués en avril sans que personne n'attende une réponse, vous n'avez pas besoin de nous. Gardez votre argent pour les factures de travaux, c'est là que votre hausse se joue cette année.
Ce qu'il faut retenir
Le bail se reconduit tout seul. Vous n'écrivez que pour modifier, dans la fenêtre de trois à six mois, avec une preuve de réception. Le locataire a un mois, vous avez un mois après son refus, et une fois ces délais passés il n'y a pas de deuxième chance avant l'année suivante.
Mais la ligne du tableau qui vaut le plus cher n'est pas celle du refus. C'est celle du départ. Un départ annoncé en février et affiché en février, c'est un logement loué en avril. Le même départ classé jusqu'en mai, c'est un mois de vacance qui efface trois ans de hausse.
Tenez les quatre horloges. Surtout la quatrième.
Ce texte résume ce que publie le Tribunal administratif du logement sur la reconduction du bail, la modification d'une condition du bail et l'avis au nouveau locataire, en date de septembre 2026, ainsi que les articles 1941 à 1947 et 1896 du Code civil du Québec. Ce n'est pas un avis juridique. Pour un délai qui vous concerne, vérifiez la date de réception réelle et, pour une situation précise, consultez un professionnel du droit.
Pour aller plus loin : ce que coûte réellement un logement vacant, comment filtrer un locataire sans dépasser ce que la loi permet, et le calcul de fixation des loyers 2026.
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